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BLOG - Comment la coopération transfrontalière européenne favorise la transition verte dans l'espace Manche

05/10/2021

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Alessia-Baratto

Cet article de blog est écrit par Alessia Baratto, reporter IVY (Interreg Volunteer Youth). Les points de vue exprimés dans cet article sont celles de l'autrice.

Des crues éclair en Chine et en Europe aux incendies de forêt en Grèce et en Italie, en passant par la sécheresse en Amérique du Nord, l'été 2021 a fourni des preuves inquiétantes des conséquences perturbatrices du réchauffement climatique, les scientifiques avertissant que le changement climatique progresse plus rapidement que prévu.

Le mois dernier, le nouveau rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) de l'ONU a confirmé cette perception partagée, prédisant - encore une fois - certains scénarios d'avenir inquiétants auxquels nous allons inévitablement faire face, si nous n'intervenons pas d'urgence contre les émissions mondiales de carbone. En 2015, avec l'Accord de Paris, 196 États s'étaient engagés à limiter le réchauffement climatique à de préférence 1,5° degré Celsius. Aujourd'hui, le dernier rapport du GIEC réaffirme non seulement que les activités humaines sont responsables de l'augmentation de la température de notre planète, mais avertit également que « […] le réchauffement climatique devrait atteindre 1,5 °C entre 2030 et 2052 s'il continue à augmenter au taux actuel".

Alors que la COP26 approche à grands pas – et que le Royaume-Uni exerce la présidence cette année – les yeux sont désormais braqués sur Glasgow pour faire avancer l'action mondiale contre le changement climatique.

Les politiques de décarbonation comme priorité absolue

Parmi les politiques clés pour lutter contre le changement climatique, la décarbonation reste la principale priorité pour l'avenir de notre planète. En effet, même si une forte baisse des émissions de CO2 des économies avancées a été observée en 2019, qui est principalement attribuée au rôle croissant des énergies renouvelables, il ne faut pas oublier que l'utilisation des combustibles fossiles est toujours le principal facteur d'émissions mondiales de carbone – et du réchauffement climatique lui-même. Et comme la société moderne des économies industrialisées ne peut pas vraiment s'imaginer vivre sans tout le confort fourni par le déploiement massif de l'énergie, beaucoup d'entre nous souhaitent qu'une transition énergétique propre (et un avenir net zéro) devienne réalité.

Dans l'Union européenne, la production et l'utilisation d'énergie représentent plus de 75 % des émissions de gaz à effet de serre de l'UE et pour cette raison, la Commission européenne se concentre sur un Green Deal européen qui accorde une grande attention à la transition énergétique propre. L'UE se concentre sur la promotion d'une stratégie pour un approvisionnement énergétique sûr, durable et abordable, sur l'amélioration des niveaux d'efficacité énergétique et sur la création d'un marché entièrement intégré – ces priorités étaient également incluses dans l’Accord de commerce et de coopération entre l’Union européenne et le Royaume-Uni post-Brexit.

Cependant, comme établi par l'art. 194 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, les États membres disposent d'une certaine liberté dans la mise en œuvre de leurs propres stratégies énergétiques. Pourtant l'élaboration de politiques au niveau étatique peut s'accompagner de son propre lot de défis, car les nombreuses parties prenantes impliquées et le poids politique des électeurs doivent être pris en compte à un moment donné. Pensez simplement au cas de la Pologne, où l'industrie charbonnière emploie environ « 100 000 travailleurs fortement syndiqués et politiquement puissants ». En général, tout pays doit faire face à des besoins politiques internes essentiels, qui peuvent parfois entrer en conflit avec les priorités politiques mondiales et supranationales et limiter leur mise en œuvre au niveau national.

Financement Interreg : amplificateur ascendant de solutions durables

C'est précisément pour cette raison que les opportunités de financement européen sont si importantes. Le financement direct et indirect de l'UE fournit un soutien concret là où des solutions innovantes et durables peuvent se développer. Dans le cas des financements Interreg, alloués par le Fonds européen de développement régional (FEDER) à travers les collectivités territoriales, les ressources distribuées ont même pour fonction de servir d'outils pour favoriser la coopération de territoires spécifiques, entre différents États. De cette manière, des idées précieuses pouvant soutenir les priorités de l'UE ont la possibilité d'être mises en œuvre en fonction des besoins locaux et d'être partagées avec les pays voisins.

Saviez-vous que le chauffage et le refroidissement dans les bâtiments et l'industrie représentent la moitié de la consommation énergétique de l'UE, ce qui en fait le plus grand secteur d'utilisation finale de l'énergie devant les transports et l'électricité ? Dans la zone du programme France (Manche) Angleterre, les deux tiers de l'énergie sont consommés par le secteur résidentiel et commercial et plus de 80 % de cette énergie est produite à partir de sources non renouvelables et/ou de sources d'énergie émettrices de carbone.

Le programme Interreg France (Manche) Angleterre 2014-2020, financé par le FEDER, a subventionné plusieurs projets axés sur l'innovation dans le secteur des énergies renouvelables au profit de l'espace Manche et au-delà, aidant à la fois le Royaume-Uni et la France à progresser dans leurs stratégies nationales de décarbonation par des actions ciblées et locales.

Un exemple brillant est représenté par SunPeople, un micro-projet de 500 000 € qui a travaillé sur la lutte contre la source de CO2 la plus impactante dans l'UE et au Royaume-Uni (chauffage).  SunPeople a testé avec succès une solution innovante à Plymouth (Royaume-Uni) et Lorient (France), pour combiner l'utilisation des technologies solaires avec des pompes à chaleur, afin de fournir aux ménages un système d'énergie thermique entièrement décarboné pour leurs maisons.

Pour agir sur le secteur du refroidissement, qui devrait se développer à l'avenir en raison des effets du changement climatique, Interreg FMA a financé EuroSwac, un projet de 20,5 millions d'euros qui vise à adapter la technologie existante de climatisation par eau de mer (ou SWAC) – uniquement utilisée jusqu'à présent sur quelques sites en zone tropicale et en mer Méditerranée – à l'eau de mer de la Manche. Cette technologie permettra de produire du refroidissement et de la climatisation (généralement très polluants) pour les bâtiments côtiers directement à partir de l'eau de mer, réduisant les émissions de CO2, créant de nouveaux emplois verts et attirant des investissements dans la région.

L'une des grandes ambitions du programme FMA pour l'espace Manche est de lancer une filière hydrolienne performante. Générée à partir d'énormes turbines alimentées par les courants de marée, l'énergie des marées peut être transformée en électricité verte, en centrales électriques et en activités commerciales dans la zone côtière. TIGER – le plus grand projet Interreg jamais financé (45 millions d'euros) – teste et développe cette technologie au Royaume-Uni et en France et vise à stimuler la croissance de l'énergie marémotrice en Europe, avec des avantages environnementaux et économiques importants pour l'espace Manche.

L’énergie hydrolienne n'est pas nouvelle au Royaume-Uni, où la turbine la plus puissante du monde a été lancée plus tôt cette année, tandis que l'Union européenne est considérée comme le pionnier de la R&D dans le domaine de l'énergie océanique. Cependant, les coûts élevés de cette technologie ont toujours été un obstacle à son développement et à sa commercialisation à l'échelle mondiale. Réaffirmer la rentabilité économique de l’énergie hydrolienne est un objectif crucial défini par TIGER, conformément à la dernière stratégie de l'UE pour les énergies marines renouvelables qui vise à encourager l'avantage comparatif dérivé du leadership des entreprises européennes dans le secteur. Comme l'a rapporté Francesco La Camera, directeur général de l'IRENA, les pays européens détiennent environ 23 % de tous les brevets sur l'énergie océanique dans le monde. La région de la Manche, qui abrite déjà une centrale hydrolienne pionnière située sur le fleuve Rance (Bretagne, France), accueillera désormais divers nouveaux sites de démonstration qui pourraient dévoiler des informations révolutionnaires pour l'avenir de l'énergie marémotrice.

Au-delà des énergies renouvelables

Enfin, il est crucial que nous ne limitions pas nos efforts au développement de technologies vertes, si nous entendons atteindre la neutralité carbone. Tandis que nous apportons des changements radicaux dans la façon dont nous produisons l'énergie, nous devons également nous soucier de la façon dont nous l'utilisons, en poussant l'innovation dans les technologies d'efficacité énergétique et en minimisant la quantité de carbone émise lors de la fabrication de tout produit ou activité réalisée par l’homme. Pour cette raison, Interreg FMA soutient divers projets de recherche qui contribuent à la commercialisation de technologies bas carbone dans divers secteurs.

Un bel exemple est représenté par CobBauge, un projet Interreg FMA qui révolutionne le secteur du bâtiment, par la modernisation d'une technique traditionnelle utilisée pour la construction. CobBauge développe une nouvelle génération de matériaux en bauge– un matériau de construction économique et isolant composé de terre, de fibres et d'eau – et s'efforce de le rendre plus respectueux de l'environnement et abordable. Le projet créera une nouvelle preuve de concept pour une méthode de construction beaucoup plus durable, plus économe en énergie, évolutive et reproductible.

La voie vers la décarbonation n'est pas linéaire ni parfaitement prévisible, mais elle doit avancer rapidement. Comme on le voit, dans l'espace Manche, les opportunités de financement Interreg font la différence, en apportant un soutien concret et immédiat à la génération de solutions innovantes précieuses qui pourraient autrement rester sous-financées, et en apportant de réelles contributions à un avenir net zéro tant attendu.

Partout en Europe, cette approche contribue à atteindre les objectifs de développement durable de l'Agenda 2030, grâce aux partenariats et à la coopération transfrontalière, et en créant de nouvelles connaissances pour tous. Tout en offrant une base solide pour renforcer la compétitivité des technologies bas carbone sur le marché européen, au bénéfice des États concernés.

Cependant, après cette lecture, il ne faut pas conclure que les politiques nationales ne sont plus pertinentes. Comme souligné lors de notre récent entretien avec les partenaires du projet de SunPeople, les décisions au niveau étatique concernant les dépenses et les revenus publics peuvent être cruciales pour les initiatives locales, car les taxes ou les subventions prévues pour le secteur de l'énergie ont un impact significatif sur la stimulation de l'adoption des technologies d'énergie renouvelable. Ce n'est pas par hasard que la réduction des émissions est l'objectif prioritaire fixé pour l'agenda de la COP26, où nous souhaitons voir des engagements inspirants et substantiels au niveau mondial.