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Coup de projecteur – De la chaleur durable aux citoyens

26/08/2021

Solar Panels in Field

David Bourguignon and Jonathan Selman2Entretien avec les partenaires du projet SunPeople : David Bourguignon, chef de projet à l'Agence locale de l'énergie et du climat de Bretagne Sud (ALOEN), et Jonathan Selman, chef de projet à la Ville de Plymouth. 

Parlez-nous du projet SUNPEOPLE et de sa création ? 

David : En 2018, le service environnement de la ville de Lorient (Bretagne, France) a souhaité le développement d'un projet Interreg autour de l'énergie. Très vite, il est apparu que la seule façon d'aborder la question de la décarbonation de l'énergie dans le secteur du bâtiment de manière satisfaisante était de se concentrer sur la chaleur. En France, l'électricité est déjà très décarbonée. Cependant, la chaleur résidentielle et commerciale est un secteur peu abordé dans les politiques de transition énergétique et son exploitation actuelle par les acteurs du marché n’est pas compatible avec l’Accord de Paris. Nous nous sommes donc concentrés sur la faisabilité d'un service énergétique de chaleur décarbonée – via l’énergie solaire captée par des panneaux traditionnels ou des pompes à chaleur. Je suis convaincu depuis longtemps que nous devons fournir des produits qui font la majeure partie du travail sans trop en demander aux utilisateurs. C’est la mission du projet SunPeople. 

Dans cette perspective, Lorient et Plymouth ont été mis en contact via le réseau Energy Cities. Suite à la réponse enthousiaste de Plymouth, nous avons rapidement réussi à mettre en place un consortium avec l’ALOEN - l'agence locale de l'énergie et du climat à Lorient, la ville de Plymouth, Plymouth Energy Community et une PME innovante de Bretagne appelée Aezeo. 

Jonathan : Lorsque nous avons été approchés, le projet nous a semblé très pertinent. Comme de nombreuses villes du Royaume-Uni, Plymouth a déclaré l’état d’urgence climatique, ce qui nous amène à travailler avec des partenaires pour accélérer les mesures d'atténuation du changement climatique. Ici, la décarbonation de l'électricité est abordée au niveau national. 

En matière de transport, nous savons tous à quoi ressemblent les solutions, et elles peuvent s'avérer très attrayantes pour de nombreuses personnes, avec les bonnes mesures. La chaleur, en revanche, est l'un de ces dossiers très difficiles avec lesquels nous luttons depuis de nombreuses années, car il implique d’interagir avec les propriétaires et les occupants des bâtiments. Vous ne pouvez pas les forcer à adopter des mesures et vous devez rendre ces dernières vraiment attractives pour atteindre nos objectifs carbone. La décarbonation de la chaleur a besoin de leadership au niveau national, mais elle a également besoin de solutions sur le terrain. 

Pourquoi est-il important d'offrir un service énergétique durable aux citoyens ? 

David : L'économie axée sur les services gagne en importance, et ce depuis de nombreuses années. Il semble en effet inévitable d'aller dans cette direction, car la complexité des systèmes que nous vendons maintenant aux gens augmente chaque jour. 

Les clients, généralement inexpérimentés avec les installations autour de l’énergie, sont confrontés à deux obstacles majeurs lorsqu'ils souhaitent passer des systèmes conventionnels – une chaudière à gaz par exemple – à un système de chaleur durable. Le premier obstacle est le coût initial. Les propriétaires ont probablement déjà fait un investissement à long terme. S’agissant d’éventuelles installations supplémentaires, la plupart des gens ont d’abord le prix en tête et vont privilégier une chaudière à gaz aux panneaux solaires ou à une pompe à chaleur. Cependant, ces personnes ne réalisent pas ce qu‘ils devront payer chaque année pour le combustible. Le deuxième problème est le manque d'expérience des gens concernant ces systèmes. Les clients peuvent avoir du mal à trouver les bons fournisseurs, les bons installateurs, ils pourraient avoir entendu des histoires sur d'autres personnes ayant eu une mauvaise expérience en la matière. Nous souhaitons épargner cela aux consommateurs en développant un service qui correspond à leurs besoins. 

Jonathan : Chaque maison est différente et de même, il existe une multitude de pompes à chaleur sur le marché. Il peut être très difficile pour un propriétaire de savoir quoi demander et comment obtenir la meilleure solution pour sa maison ou son bâtiment. Très souvent, nous nous focalisons sur de mauvais conseils et ce qui semble être une solution moins chère pourrait être moins efficace à long terme. Si vous regroupez tout dans un seul service, vous facilitez la tâche des consommateurs, dont beaucoup ne réalisent peut-être même pas pour le moment qu'il faudra changer de chaudière lors des 20 prochaines années. 

Pourriez-vous partager avec nous vos principaux résultats et réalisations ? 

Jonathan : Notre mission consistait à tester le marché et engager les acteurs pertinents – individus, propriétaires de bâtiments, chaînes d'approvisionnement et organisations qui pourraient assumer rôle de sociétés de service. Nous avons également pu examiner une gamme de sites différents sous l’étiquette SunPeople et explorer des bâtiments assez difficiles à rénover. Nous avons regardé l’aspect technique, les meilleures solutions pour des constructions en particulier – des bâtiments historiques, aux immeubles de bureaux et salles des fêtes – et comment elles fonctionneraient. Nous avons développé des études de cas basées sur les meilleures pratiques techniques, en termes de conception, de maintenance. 

Nous avons également travaillé sur des éléments juridiques et commerciaux, aboutissant à l'élaboration d'un schéma directeur. Nous pouvons dire que nous avons laissé un héritage en produisant de nombreuses ressources que d'autres pourront utiliser à l'avenir. 

David : En France, nous avons exploré la question un peu différemment. Nous nous sommes concentrés sur une analyse plus théorique de ce que nous pourrions réaliser avec un service. Nous avons construit un modèle, un business case à partir de zéro. 

Nous avons également décidé de nous concentrer sur les maisons individuelles. Nous avons organisé des événements « Solar Kafés » qui étaient des études préparatoires à une passation de marchés pour les appartements et les maisons individuelles. Nous avons recruté des personnes à Lorient et avons essentiellement appliqué notre modèle sur leurs données existantes pour voir à quoi cela aboutirait. Nous avons pu développer pour eux un service énergétique, à un prix que nous pouvions préciser, avec une durée de contrat. 

Nous avons atteint deux résultats majeurs, le premier étant le développement d'un modèle de service énergétique à prix concurrentiel prêt à être mis en œuvre et à être adopté – nous l’avons réalisé. Le second concernait le nombre de participants impliqués dans nos activités – afin d’améliorer la proposition du service et diffuser les résultats du projet. Nous avons fini par atteindre presque 200 % de notre objectif initial, en engageant environ 180 acteurs du marché. 

Aussi, notre objectif spécifique portait sur l’indicateur du nombre de tonnes de CO2 que nous pourrions économiser dans les sites sur lesquels nous nous sommes concentrés. S’agissant du total des économies potentielles d'émissions de carbone par an, nous avons atteint 528 % de notre objectif de projet, avec une projection d’économies estimée à 331,5 tonnes, notre objectif initial fixé à 62,8. 

Que reste-t-il à accomplir pour qu'un service énergétique puisse voir le jour ? 

David : Un paramètre clé pour la mise en place d'un service réussi est le fait d'avoir une entreprise de service énergétique (aussi appelée ESCo) bien gérée. Sur le marché actuel, vous avez tellement d'acteurs traditionnels que les clients peuvent finir par être perdus et ne pas savoir vers qui se tourner, des fabricants aux installateurs en passant par les fournisseurs d'énergie. Avec notre modèle, vous n'avez qu'une seule entreprise avec laquelle traiter et un seul contrat à signer. Cela signifie également qu'en tant que client, vous n'avez qu'une seule entreprise à qui vous plaindre. Une ESCo doit donc être très efficace pour fournir ce service. Si elle veut rivaliser avec les autres acteurs, il lui faudrait intégrer toutes les compétences, et peut-être être elle-même fabricante d’équipement. À l'heure actuelle, aucun des grands acteurs européens ne s'engage dans cette voie car ils manquent d'incitations. Cependant, nous avons vu dans nos entretiens que les collectivités locales, les projets citoyens de fourniture d'énergie renouvelable, voire les petites entreprises, et en particulier les industriels envisagent cette option. Personnellement, je crois que cela pourrait émerger du terrain, grâce à des entrepreneurs ayant le courage de disrupter le marché. 

Nous avons prouvé avec les informations de l'échantillon de maisons que nous avons intégré dans notre modèle affiné, que le prix de notre service serait moins cher que le prix actuel de possession d’une chaudière à gaz. Selon notre modèle, sur une période de 20 ans, le prix mensuel du service serait inférieur de plus de 10 % à celui de la référence gaz, alors que nous économiserions environ 80 % d'émissions de CO2. Cela va à l'encontre de ce qui est communément dit sur le prix de l'énergie durable. L'élément clé étant que nous n'aurions plus besoin de payer pour le combustible. 

Jonathan : Techniquement, nous savons que les solutions sont réalisables. Actuellement, nous sommes face à un défi au Royaume-Uni s’agissant de l’économie. Nous manquons d'incitations et d'instruments financiers car le gaz est très peu taxé par rapport à l'électricité. Des solutions devraient être adoptées au niveau national, c'est aussi la raison pour laquelle nous avons discuté avec les ministères pendant la durée de notre projet. 

Quel regard portez-vous sur le caractère transfrontalier du projet ? 

Jonathan : Bien que Plymouth ait été impliqué dans d'autres initiatives Interreg, il s'agissait de notre premier projet Interreg France (Manche) Angleterre. SunPeople nous a aidé à élargir notre réflexion. Bien que Lorient et Plymouth aient de nombreuses similitudes – deux villes côtières, ports de commerce et de pêche, touchées par la Seconde Guerre Mondiale – nous avons eu accès à un éventail de perspectives différentes venant d’outre-Manche. Cela a apporté une plus-value substantielle au projet et l'a rendu particulièrement dynamique. 

David : Je suis très heureux de voir que nous avons réussi. Je peux aussi dire que nous avons été stimulés par les approches différentes côté anglais. Avec la pandémie, nous avons également dû mener en ligne nombre de nos activités, ce qui a probablement été bénéfique pour tous les partenaires en termes d'outils et de méthodes de travail. 

Pour marquer la fin du projet, nous avons souhaité organiser un repas entre tous les partenaires du projet. Comme nous ne pouvons pas nous rendre visite dans les circonstances actuelles, nous avons décidé de nous échanger des mets à travers la Manche et d’organiser un repas en visioconférence. Nous voyons cela comme une jolie manière d'organiser un dernier événement transfrontalier ! 

SunPeople est un micro-projet de 499 266 € mis en place pour démontrer la faisabilité d'un service énergétique de chaleur décarbonée à Lorient et Plymouth. Le projet s'est déroulé d'août 2019 à juillet 2021.Tous les outils et conseils du projet seront mis à la disposition du public sur un site Web spécifique à la mi-octobre 2021. Veuillez remplir ce formulaire en ligne si vous souhaitez recevoir plus d'informations à ce sujet.

Plus d’informations sur les partenaires du projet :